Le stockage de l’électricité est considéré comme le principal enjeu du moment en Guadeloupe. Les surcoûts de production, compensés par le Service public de l’énergie (SPE) pour contenir les tarifs appliqués aux consommateurs, pèsent lourd. La péréquation tarifaire garantit aux consommateurs des zones non interconnectées (ZNI) un prix de l’électricité équivalent à celui de la France hexagonale, malgré des coûts de production nettement plus élevés dans l’archipel. Le surcoût restant est compensé via les charges de SPE. Stocker l’énergie apparaît comme la solution pour faciliter l’intégration du renouvelable, comme le solaire, tout en réduisant ces surcoûts.
Cinq projets visant à accompagner le développement et l’intégration des énergies renouvelables intermittentes au réseau électrique ont été retenus en Guadeloupe par la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Cette sélection s’inscrit dans le cadre du guichet de saisine lancé le 18 décembre 2024, dont la date butoir de dépôt des candidatures était fixée au 15 octobre 2025. La délibération remonte au 22 janvier 2026 et la CRE en a communiqué les résultats le 5 février 2026. Les cinq projets qui se sont distingués, sur les 14 dossiers présentés, émanent de quatre sociétés mères : Albioma, APEX, Elements et Voltalia. Ils totalisent 32 MW de puissance, au-delà du volume maximal de 30 MW fixé par la CRE, et 170 MWh de capacité de stockage.
Les charges de SPE associées à ces cinq projets s’élèveront à 65 millions d’euros sur l’ensemble de leur durée de vie. Selon la CRE, ils permettront toutefois d’éviter environ 1 412 millions d’euros de surcoûts de production, générant ainsi une économie nette de charges de SPE de 1 347 millions d’euros sur 15 ans. Le niveau très élevé des surcoûts évités s’explique par la forte valeur du service de réserve primaire. Les coûts affichés sont en nette baisse par rapport aux précédents guichets en Martinique et à La Réunion, soit une réduction de 25 %, notamment grâce à la réduction des coûts de raccordement et à la baisse du prix des batteries. Les projets retenus présentent un CAPEX moyen de 698 €/kW et un OPEX de 42 €/kW/an.
## Pourquoi le stockage d’électricité est-il crucial pour la Guadeloupe ?
### Un territoire non interconnecté face à un défi énergétique majeur
La Guadeloupe, comme les autres territoires d’Outre-mer, appartient aux zones non interconnectées (ZNI) du réseau électrique français. Contrairement à l’Hexagone, où le réseau national permet d’équilibrer production et consommation à l’échelle d’un vaste territoire, l’archipel guadeloupéen fonctionne en système isolé. Cette spécificité impose des contraintes techniques et économiques considérables.
Dans cette configuration, les recettes tirées de la vente de l’énergie ne compensent qu’une partie des coûts de production, nettement plus élevés dans l’archipel qu’en métropole. Le différentiel est financé par les charges de Service public de l’énergie (SPE). Le stockage constitue ainsi un levier important de la transition énergétique des ZNI, notamment en Outre-mer et en Corse, comme l’explique la Commission de régulation de l’énergie.
L’enjeu est double : d’une part, accompagner le développement des énergies renouvelables intermittentes — principalement le solaire photovoltaïque — dont la production varie en fonction de l’ensoleillement ; d’autre part, réduire les surcoûts de production qui pèsent sur le système électrique guadeloupéen. Les centrales de stockage permettent de stocker l’énergie produite pendant les pics de production solaire pour la restituer lors des pics de consommation, assurant ainsi l’équilibre du réseau.
### Le rôle des batteries dans l’équilibre du réseau électrique
Tous les projets retenus reposent exclusivement sur des batteries lithium-ion. Cette technologie, largement éprouvée à l’échelle internationale, permet des temps de réponse très rapides et une grande flexibilité d’usage. Les centrales de stockage proposeront principalement deux types de services : le report de charge, qui consiste à décaler la consommation ou la production dans le temps, et la réserve primaire, cette dernière étant limitée à 5 MW par projet.
La réserve primaire est un service essentiel pour la stabilité du réseau électrique. Elle permet de maintenir la fréquence du réseau à 50 Hz en compensant instantanément les variations de production ou de consommation. Dans un système isolé comme celui de la Guadeloupe, où la marge de manœuvre est réduite, ce service revêt une importance capitale. Le niveau très élevé des surcoûts évités — 1 412 millions d’euros sur 15 ans — s’explique précisément par la forte valeur de ce service de réserve primaire.
Aucun projet ne prévoit à ce stade de service d’inertie, qui serait pourtant un complément pertinent pour les réseaux isolés. Cette évolution pourrait intervenir dans les prochains guichets, à mesure que les technologies de stockage se diversifient.
## Les 5 projets de stockage retenus : détails et localisations
### Quatre sociétés, cinq centrales, trois communes
Les futures centrales de stockage siégeront à Baie-Mahault, aux Abymes et à Petit-Bourg. Ces trois communes, situées dans le cœur économique de la Guadeloupe, accueillent déjà plusieurs infrastructures énergétiques majeures. La concentration géographique des projets s’explique par la proximité avec les points de raccordement au réseau électrique existant.
Les cinq projets retenus se répartissent entre quatre sociétés mères :
– **Albioma** — projet de Baie-Mahault (Convenance)
– **APEX** — projet sur le territoire guadeloupéen
– **Elements** — projet sur le territoire guadeloupéen
– **Voltalia** — projet sur le territoire guadeloupéen
Le guichet de saisine a suscité un fort intérêt : 14 dossiers ont été déposés, représentant 84,7 MW de puissance et 170 MWh de capacité, portés par huit sociétés mères. La CRE a donc pu sélectionner les projets présentant le plus de valeur pour le système électrique, avec un taux de sélection d’environ 38 % en puissance.
### Le projet d’Albioma à Baie-Mahault : un exemple concret
Albioma ouvrira son centre de stockage d’électricité à Convenance, sur le territoire de la ville de Baie-Mahault. La mise en service est prévue début 2028, conformément aux exigences établies par la CRE. L’installation de stockage reposera sur une technologie de batteries lithium-ion avec, pour caractéristiques, 5 MW de puissance d’injection et 10 MWh de capacité de stockage.
Comme les infrastructures des autres lauréats, cette centrale jouera un rôle clé dans l’équilibrage du réseau électrique de Guadeloupe, en assurant des services essentiels de flexibilité et de sécurisation, écrit Albioma dans un communiqué. La future centrale de stockage d’énergie électrique d’Albioma de Baie-Mahault sera semblable à celle déjà installée par cette société à Mayotte, ce qui témoigne de la maturité technologique du projet.
Une copie des contrats signés doit être transmise à la CRE d’ici au 31 mai 2026, ce qui marque le calendrier opérationnel de déploiement de ces projets.
## Le contexte économique : une rentabilité démontrée
### Des coûts en baisse de 25 % par rapport aux précédents guichets
La compétitivité de ce guichet de saisine est remarquable. Les coûts affichés sont en nette baisse par rapport aux précédents guichets organisés en Martinique et à La Réunion, avec une réduction de 25 %. Cette baisse s’explique par deux facteurs principaux : la réduction des coûts de raccordement au réseau électrique et la baisse du prix des batteries sur le marché international.
Les projets retenus présentent un CAPEX moyen de 698 €/kW et un OPEX de 42 €/kW/an. Ces chiffres témoignent de la maturité croissante de la technologie de stockage par batteries lithium-ion, dont les coûts ont chuté de manière significative au cours des dernières années. Cette tendance devrait se poursuivre, rendant le stockage de plus en plus compétitif face aux solutions traditionnelles de production d’électricité.
### Un investissement de 65 M€ pour 1,3 milliard d’économies
Le rapport coût-bénéfice de ces projets est particulièrement favorable. Les charges de SPE associées s’élèveront à 65 millions d’euros sur l’ensemble de la durée de vie des projets. En contrepartie, ils permettront d’éviter environ 1 412 millions d’euros de surcoûts de production, générant ainsi une économie nette de charges de SPE de 1 347 millions d’euros sur 15 ans.
Ce retour sur investissement exceptionnel s’explique par la forte valeur du service de réserve primaire dans un système électrique isolé. En Guadeloupe, où les coûts de production sont largement supérieurs à ceux de l’Hexagone, chaque MWh évité représente une économie substantielle. Le stockage permet de réduire le recours aux centrales thermiques fossiles lors des pics de demande, tout en valorisant la production solaire qui serait sinon perdue.
## Le calendrier et les prochaines étapes
### Du guichet de saisine à la mise en service
Le calendrier de déploiement de ces projets de stockage s’articule autour de plusieurs étapes clés :
1. **18 décembre 2024** — lancement du guichet de saisine par la CRE pour la Guadeloupe et la Corse
2. **15 octobre 2025** — date butoir de dépôt des candidatures pour la Guadeloupe
3. **22 janvier 2026** — délibération de la CRE
4. **5 février 2026** — publication des résultats
5. **31 mai 2026** — transmission des contrats signés à la CRE
6. **Début 2028** — mise en service prévue (selon le projet d’Albioma)
Ce calendrier témoigne d’un processus administratif rigoureux mais relativement rapide, avec moins de deux ans entre le lancement du guichet et la publication des résultats. La mise en service des premières centrales est attendue début 2028, soit environ quatre ans après le lancement du guichet.
### La Guyane dans le prochain guichet
La CRE a indiqué que l’instruction du guichet en Corse est toujours en cours et que les résultats seront publiés dans les prochaines semaines. L’instance communiquera également prochainement sur l’organisation du prochain guichet, qui devrait concerner des projets situés en Guyane.
Cette perspective est particulièrement attendue, car la Guyane partage avec la Guadeloupe les mêmes contraintes de zone non interconnectée et les mêmes enjeux de réduction des surcoûts de production. Le succès du guichet guadeloupéen, avec 14 dossiers déposés pour 84,7 MW proposés, laisse présager un intérêt tout aussi fort pour le territoire guyanais.
## Les implications pour les particuliers et entreprises en Guadeloupe
### Vers une intégration accrue du solaire photovoltaïque
Le déploiement de ces centrales de stockage ouvre de nouvelles perspectives pour le développement du solaire photovoltaïque en Guadeloupe. Jusqu’à présent, la production solaire de l’archipel se heurtait à la limite d’accueil du réseau électrique : au-delà d’un certain seuil de pénétration des énergies renouvelables intermittentes, le réseau devient instable et des contraintes de raccordement apparaissent.
Les centrales de stockage lèvent cette limitation en absorbant les excès de production solaire et en les restituant au moment opportun. Cette capacité permet d’envisager un déploiement accéléré des installations photovoltaïques, qu’il s’agisse de centrales au sol, de carports solaires ou d’installations en autoconsommation.
Pour les particuliers et entreprises qui envisagent d’investir dans le photovoltaïque, le stockage à l’échelle du réseau représente une garantie de stabilité tarifaire et de valorisation durable de leur production. Les coûts d’installation d’un kit solaire en Guadeloupe ou d’une centrale photovoltaïque pour entreprise trouvent ici un contexte favorable, avec un réseau capable d’absorber une part croissante d’énergie renouvelable.
### La convergence entre stockage centralisé et autoconsommation
Les cinq projets de stockage retenus par la CRE constituent une réponse à l’échelle du réseau électrique. Ils complètent le développement de l’autoconsommation solaire, qui permet aux particuliers et aux entreprises de produire et consommer leur propre électricité. Le stockage centralisé et l’autoconsommation avec batterie sont deux approches complémentaires de la transition énergétique en Guadeloupe.
Le stockage centralisé assure l’équilibre global du réseau et la sécurité d’approvisionnement, tandis que l’autoconsommation réduit la demande nette sur le réseau et la facture énergétique des usagers. Ensemble, ces deux leviers permettent d’envisager une trajectoire vers une autonomie énergétique accrue de l’archipel, réduisant la dépendance aux importations de combustibles fossiles et la vulnérabilité aux fluctuations des cours mondiaux.
## Conclusion : un tournant pour la transition énergétique en Guadeloupe
La sélection de cinq projets de stockage d’électricité en Guadeloupe marque un tournant dans la transition énergétique de l’archipel. Avec 32 MW de puissance et 170 MWh de capacité deployés d’ici 2028, ces centrales permettront d’intégrer davantage d’énergies renouvelables tout en réduisant les surcoûts de production de 1 347 millions d’euros sur 15 ans.
Les conditions économiques particulièrement favorables — des coûts en baisse de 25 % par rapport aux précédents guichets et un CAPEX moyen de 698 €/kW — témoignent de la maturité de la technologie de stockage par batteries. L’investissement de 65 millions d’euros de charges de SPE génère un retour disproportionné, illustrant la valeur stratégique du stockage pour les territoires non interconnectés.
Pour les habitants et les entreprises de Guadeloupe, ces projets se traduiront par un réseau électrique plus stable, plus propre et plus économique. Ils créent également les conditions d’un déploiement accéléré du photovoltaïque, en levant les contraintes d’accueil du réseau. Le prochain guichet, annoncé pour la Guyane, confirmera l’ambition de la puissance publique de doter l’ensemble des ZNI d’outre-mer d’infrastructures de stockage adaptées à leurs enjeux.
## Sources
– Commission de régulation de l’énergie (CRE) — « La CRE publie la liste des projets retenus dans le cadre du guichet de saisine pour les projets de stockage d’électricité situés en Guadeloupe », publié le 05/02/2026 — [cre.fr](https://www.cre.fr/actualites/toute-lactualite/la-cre-publie-la-liste-des-projets-retenus-dans-le-cadre-du-guichet-de-saisine-pour-les-projets-de-stockage-delectricite-situes-en-guadeloupe.html)
– pv magazine France — Gwénaëlle Deboutte, « Cinq projets de stockage retenus pour 32 MW et 170 MWh en Guadeloupe », publié le 11 février 2026 — [pv-magazine.fr](https://www.pv-magazine.fr/2026/02/11/cinq-projets-de-stockage-retenus-pour-32-mw-et-170-mwh-en-guadeloupe/)
– La 1ère Franceinfo — Nadine Fadel, « Stockage d’électricité en Guadeloupe : cinq projets de centrales verront le jour d’ici 2028 », publié le 11 février 2026 — [la1ere.franceinfo.fr](https://la1ere.franceinfo.fr/guadeloupe/stockage-d-electricite-en-guadeloupe-cinq-projets-de-centrales-verront-le-jour-d-ici-2028-1670781.html)