Le 30 septembre 2025, le Grand Port Maritime de Martinique a signé avec la start-up française SolarInBlue une convention encadrant le lancement du projet « Soley Blé » — une centrale photovoltaïque flottante implantée dans la baie de Fort-de-France. D’une puissance comprise entre 1 et 4 MWc, l’installation prendra place en mer, à proximité du terminal à conteneurs de la Pointe des Grives, et devra à terme contribuer à l’alimentation électrique du terminal. (source)
📑 Table des matières
- Pourquoi le solaire flottant est-il stratégique pour la Martinique ?
- Soley Blé : un projet pionnier dans l’arc caribéen
- Résister à la houle et aux cyclones : le défi technique majeur
- Une réponse à la dépendance énergétique des Antilles
- Solaire flottant et environnement marin : quels enjeux ?
- Quel calendrier pour Soley Blé ?
- Le solaire flottant, relais de croissance pour le photovoltaïque antillais
- Conclusion
Le projet entre immédiatement dans une phase d’études de faisabilité d’une durée maximale de deux ans. Ces études porteront sur la résistance à la houle et aux conditions cycloniques, sur l’impact environnemental, sur le modèle économique et sur la concertation avec les acteurs locaux. SolarInBlue, fondée en 2019, conçoit des centrales solaires flottantes adaptées aux environnements maritimes exigeants et a déjà déployé son démonstrateur « Sun’Sète » en Méditerranée en 2023, qui a établi un record de tenue à la houle sur des vagues de neuf mètres. La société est également présente en Polynésie.
Découvrir aussi : Tuile solaire photovoltaïque aux Antilles : le guide complet
Pour Bruno Mencé, président du directoire du Grand Port Maritime de Martinique, ce projet répond directement aux contraintes de l’insularité et du foncier limité : le port ne dispose que de 75 hectares de foncier. Le photovoltaïque terrestre permet déjà d’économiser 50 % des factures du port, mais celui-ci reste dépendant des énergies fossiles. Avec des panneaux flottants, l’établissement espère atteindre l’autonomie énergétique complète. Si le chantier voit le jour après la phase d’études, la centrale Soley Blé sera la première installation solaire flottante de la Caraïbe, faisant de la Martinique un pionnier sur le sujet.
Pourquoi le solaire flottant est-il stratégique pour la Martinique ?
La Martinique, comme l’ensemble des territoires insulaires des Antilles-Guyane, partage une caractéristique structurelle qui pèse sur sa transition énergétique : la rareté du foncier disponible. Sur une île de 1 128 km² où la pression urbaine, agricole et environnementale est forte, trouver des dizaines d’hectares libres pour installer des centrales photovoltaïques au sol
Découvrir aussi : Kit solaire anti coupure en Martinique : le guide complet 20
relève du défi permanent. Le Grand Port Maritime l’a clairement exprimé : avec 75 hectares de foncier seulement, il faut « être inventif et utiliser le domaine maritime pour explorer cette voie ».

Le solaire flottant offshore — c’est-à-dire des panneaux posés sur des flotteurs ancrés en mer — répond précisément à cette contrainte. Il débloque une surface considérable : les baies, les rades et les eaux portuaires deviennent autant d’espaces potentiels de production d’électricité décarbonée. Pour les ports, qui concentrent des activités énergivores (grues, reefers, éclairage, logistique), c’est une opportunité de produire sur place ce qu’ils consomment, sans artificialiser un mètre carré supplémentaire de terre.
Au-delà de la question foncière, le solaire flottant présente un autre avantage, particuli
Découvrir aussi : Stockage d’énergie solaire en Martinique : le guide co
èrement pertinent sous les climats tropicaux : le refroidissement naturel. Les panneaux posés sur l’eau bénéficient d’une température plus stable et plus basse qu’au sol, ce qui améliore leur rendement de 5 à 10 % selon les retours d’expérience internationaux. Dans un contexte martiniquais où l’ensoleillement dépasse 1 700 kWh/m²/an, ce gain n’est pas anecdotique.
Soley Blé : un projet pionnier dans l’arc caribéen
Le nom du projet, « Soley Blé », traduit l’ambition ancrée dans le territoire : en créole martiniquais, il évoque le soleil bleu, celui qui brille sur la mer. Le partenariat signé entre le Grand Port Maritime de Martinique (GPMLM) et SolarInBlue ne se limite pas à une simple installation : il s’agit d’une opération pionnière qui, si elle aboutit, ouvrira la voie à d’autres développements similaires dans l’arc caribéen.
SolarInBlue voit d’ailleurs dans ce partenariat un double départ : pour le projet martiniquais lui-même, mais aussi comme tremplin commercial pour de futurs projets dans les Caraïbes. La Guadeloupe, la Guyane, mais aussi les États insulaires voisins (Dominique, Sainte-Lucie, Barbade) partagent les mêmes contraintes foncières et la même exposition solaire. Un succès en Martinique créerait un cas d’école reproduisible à l’échelle régionale.
La puissance annoncée — entre 1 et 4 MWc — peut sembler modeste au regard des centrales terrestres de plusieurs dizaines de mégawatts. Mais il s’agit d’un projet démonstrateur, conçu pour valider la technologie en environnement marin tropical avant un passage à l’échelle. À titre de comparaison, 4 MWc permettent d’alimenter l’équivalent de la consommation électrique de plus de 2 000 foyers martiniquais, hors pointe. Pour un port qui cherche l’autonomie, c’est un premier jalon significatif.
Résister à la houle et aux cyclones : le défi technique majeur
Le principal défi du solaire flottant en mer aux Antilles n’est pas la production — l’ensoleillement y est excellent — mais la tenue aux conditions océaniques. La Martinique est exposée à la houle atlantique, aux marées, aux vents d’alizés et, surtout, au risque cyclonique. Une centrale offshore doit pouvoir encaisser des vagues importantes et des vents extrêmes sans destruction ni arrêt prolongé.
C’est précisément ce que les études de faisabilité de Soley Blé vont évaluer durant les deux prochaines années. Les partenaires étudieront la résistance des flotteurs à la houle et aux conditions cycloniques, définiront la zone d’implantation optimale et valideront le modèle économique. SolarInBlue s’appuie sur son démonstrateur méditerranéen « Sun’Sète », qui a tenu des vagues de neuf mètres — un record dans le secteur —, pour démontrer la maturité de sa technologie.
Les flotteurs conçus par SolarInBlue sont ancrés au fond par des systèmes de mouillage adaptés, et les panneaux sont surélevés pour limiter l’impact des projections salines. La gestion de la corrosion, le vieillissement des matériaux sous UV intense et la maintenance en milieu marin sont autant de paramètres qui seront affinés pendant la phase d’études. Pour les Antilles, où les infrastructures doivent impérativement résister aux ouragans, cette phase de validation est incontournable.
Une réponse à la dépendance énergétique des Antilles
La Martinique reste largement dépendante des énergies fossiles pour son électricité. Malgré une progression du photovoltaïque au cours des dernières années, la part du renouvelable dans le mix électrique local reste minoritaire. Le pari du Grand Port Maritime — atteindre l’autonomie énergétique complète grâce au solaire flottant — illustre une dynamique qui dépasse le seul cadre portuaire.
Les acteurs économiques antillais ont un intérêt direct à ces projets : ils réduisent leur exposition à la volatilité des prix des hydrocarbures, sécurisent leur approvisionnement et améliorent leur bilan carbone. Pour un port, dont l’activité dépend d’une électricité disponible 24h/24, produire sur place une part significative de ses besoins est un facteur de résilience majeur, surtout dans une zone exposée aux ouragans et aux ruptures d’approvisionnement.
Le solaire flottant s’inscrit aussi dans une logique d’autoconsommation, de plus en plus prisée aux Antilles : l’électricité est consommée au plus près de son lieu de production, ce qui limite les pertes en ligne et décharge le réseau public aux heures de pointe. Pour le terminal à conteneurs de la Pointe des Grives, c’est un modèle particulièrement adapté.
Solaire flottant et environnement marin : quels enjeux ?
Toute installation en mer soulève des questions environnementales légitimes. La phase d’études de Soley Blé prévoit explicitement une évaluation de l’impact environnemental et une concertation avec les acteurs locaux — pêcheurs, associations, communes, usagers du littoral. Ces démarches sont obligatoires et conditionnent l’obtention des autorisations.
Les effets potentiels du solaire flottant sur l’écosystème marin sont aujourd’hui étudiés à l’international : ombrage de la colonne d’eau (qui peut freiner le développement d’algues ou, au contraire, protéger certaines espèces), modification des courants locaux, risque d’accrochage pour la faune, impact sur les herbiers et les coraux. À l’inverse, certains retours d’expérience suggèrent que les structures flottantes peuvent servir de récifs artificiels et de zones de refuge pour la faune piscicole.
En Martinique, où la baie de Fort-de-France accueille des activités portuaires, des zones de pêche et un écosystème littoral sensible, l’évaluation environnementale devra être particulièrement rigoureuse. C’est l’un des objectifs affichés des deux années d’études : définir une zone d’implantation à la fois techniquement viable et écologiquement acceptable.
Quel calendrier pour Soley Blé ?
Le calendrier du projet s’articule autour de trois grandes étapes. La première, lancée à l’automne 2025, est la phase d’études de faisabilité — une période pouvant durer jusqu’à deux ans, durant laquelle les études techniques, réglementaires, environnementales et économiques sont menées en parallèle. La concertation avec les acteurs locaux est intégrée à cette phase.
La deuxième étape, conditionnée par les résultats des études, serait le lancement du chantier d’installation des flotteurs et des panneaux. La troisième, après mise en service, ouvrirait une période d’exploitation et de monitoring, qui servira de référence pour d’éventuels projets de plus grande envergure en Martinique et dans la Caraïbe.
Ce calendrier signifie qu’une production électrique effective n’est pas attendue avant plusieurs années. Mais la portée du projet dépasse la seule Timeline : il s’agit, pour la Martinique, de se positionner comme territoire-pilote du solaire offshore tropical, avec tous les retombées que cela implique — expertise locale, emplois techniques, attractivité, savoir-faire exportable.
Le solaire flottant, relais de croissance pour le photovoltaïque antillais
Le projet Soley Blé s’inscrit dans une dynamique plus large de diversification du photovoltaïque aux Antilles-Guyane. Jusqu’à présent, le développement solaire s’est appuyé sur le terrestre — toitures, ombrières de parking, centrales au sol — et sur l’autoconsommation, soutenue par des aides locales et nationales. Le foncier disponible commence cependant à se raréfier, et les conflits d’usage (agricole vs énergétique vs naturel) freinent certains projets.
Le flottant ouvre un nouveau gisement sans concurrencer les usages terrestres. Aux Antilles, plusieurs plans d’eau artificiels, bassins industriels et zones portuaires pourraient accueillir ce type d’installations. La Martinique, avec Soley Blé, prend une longueur d’avance ; la Guadeloupe et la Guyane, dotées elles aussi de domaines maritimes étendus, pourraient rapidement suivre.
Pour les entreprises et collectivités des Antilles, l’apparition d’une filière solaire flottante locale ouvre des perspectives concrètes : diversification des sources d’approvisionnement, baisse des coûts à mesure que la technologie mûrit, création d’emplois spécialisés en installation et maintenance offshore. Dans une région où la facture énergétique pèse lourd, c’est un levier de compétitivité à ne pas sous-estimer.
Conclusion
Le projet Soley Blé marque une étape importante pour la transition énergétique de la Martinique et, plus largement, des Antilles-Guyane. En associant le Grand Port Maritime de Martinique et la start-up SolarInBlue, il propose une réponse concrète à deux défis majeurs de l’insularité : le manque de foncier et la dépendance aux énergies fossiles. Si les études de faisabilité confirment la viabilité technique, environnementale et économique du concept, la première centrale solaire flottante de la Caraïbe pourrait voir le jour dans la baie de Fort-de-France, transformant un contrainte géographique en opportunité énergétique. Pour les entreprises, les collectivités et les habitants des Antilles, c’est un signal fort : la mer, longtemps perçue comme une limite, devient un espace de production à part entière.